Feed back atelier initiation aux grands vins blancs de Bourgogne

Voilà déjà un certain temps que nous n'avions pas tâ(s)té des grands vins blancs de Bourgogne, issus du cépage Chardonnay. En effet, les prix ont tellement pris l'ascenseur récemment que cela en devient un peu rédhibitoire. Tant mieux pour les domaines viticoles qui n'ont pas toujours eu cette veine en Bourgogne et tant pis pour les amateurs, amatrices qui n'ont pas forcément 50 à 150 euros (voire bien plus) à mettre dans une bouteille de vin. 

Après, force est de reconnaitre que les vins blancs de Bourgogne ont une identité bien particulière, une intensité minérale, une subtilité, une profondeur à peu près introuvables ailleurs.
Il n'y a, je pense, que le Riesling allemand, voire alsacien, qui peut rivaliser et même supplanter les grands Chardonnays de Bourgogne. Le Chenin de Loire peut aussi parfois rivaliser et tenir tête à une partie de l'élite bourguignonne. Quelques vins blancs du Jura peuvent également revendiquer une intensité et une profondeur parfois équivalente mais généralement avec un rien moins de classe. Il faut également citer quelques grands vins blancs à Pessac-Léognan (Domaine de Chevalier par ex.), quelques très beaux vins à Condrieu et dans l'Hermitage. Sans oublier la beauté de quelques cuvées d'Assyrtiko de Santorin, du Grüner Vetliner autrichien, ... 

Bref, les meilleurs vins blancs de Bourgogne sont bien sur le podium des plus grands vins blancs du monde et cet atelier était aussi l'occasion de pouvoir déguster une dizaine de vins parmi les plus réputés. 

On débute tout au nord de la Bourgogne avec un Chablis 2022 du domaine Moreau Naudet : la signature aromatique minérale des vins de Chablis, aussi citronné, floral. Attaque moyennement soutenue, rondeur du Chardonnay, un vin qui trace rapidement en bouche. Persistance moyenne. Un vin typé, assez simple, agréable. 14/20

On se dirige ensuite tout au sud avec un Mâcon-Cruzille « Genevrières » 2019 du domaine Guillot-Broux : nez ouvert, pomme bien mûre, minéral. Une attaque large et assez soutenue, sphérique, concentré, assez long, minéral et épicé en finale. Un beau vin prêt à boire et d’ailleurs un des préférés de l’atelier. 16,5/20. Excellent rapport QP à environ CHF 30,00.

On remonte un peu plus au nord, dans la Côte Chalonnaise avec un Rully « Chapitre » 2020 du domaine Dureuil-Janthial : fruits blancs, léger boisé, une bouche traçante, assez tendue. Longueur correcte. Un vin bien fait, maitrisé, un rien clinique pour qui serait habitué à des vins dits naturels, plus en roue libre. Accessoirement, on retrouve le coté un peu moins ample des vins blancs de la Côte Chalonnaise par rapport à ceux de la Côte de Beaune, pourtant si proche. 15/20 A note que ce vin a globalement été bien apprécier par les participant.e.s

On remonte encore un peu au nord avec un Saint-Aubin « Luce » 2023 domaine Marc Colin : nez encore discret, léger bois, miel d’acacia, touche minérale. Attaque assez ample, fin, délicat, bel équilibre entre gras et minéralisé, persistant, floral en finale. Le "terroir" cause ici ! Un vin sans esbroufe. 16,5-17/20
Saint-Aubin jouxte les vignobles de Chassagne-Montrachet et de de Puligny-Montrachet et il y a un gros air de famille… Juste un vignoble plus en altitude, plus dans l’intérieur, plus frais et au final des vins moins riches et un rien moins fins.

Retour plus au sud, dans le Mâconnais avec un Pouily-Fuissé 1er Cru « Les Crays » 2020 du domaine Saumaize-Michelin : nez ouvert, détendu,, fruits blancs, attaque franche et équilibrée, monte en puissance en milieu de bouche avec une forte saillie caillouteuse .. un joli jeu entre boisé et minéralité, bonne longueur, salin. Indéniablement un beau vin de terroir, moins délicat que le Saint-Aubin, plus « viril » (oups..). 16,8/20

En dégustation à l’aveugle un vin qui se présente avec des odeurs de fruit blanc, pomme bien mûre, épicé, massepain, une légère oxydation. Un peu déroutant, un rien décadent .. puis à l’aération des notes florales apparaissent, civilisant un peu l'ensemble. Bouche ample, assez concentrée, un peu d’acidité volatile en finale. Assez long et finalement plutôt gourmand. Un vin original et instense pour amateur/trice averti.e. 17/20. Et c’est également un Pouilly-Fuissé ! Millésime 2018 du domaine Valette, connu pour la qualité des ses vins naturels.

Retour dans le chablisien avec cette fois-ci un Chablis Grand Cru Valmur 2022 du domaine Bessin Tremblay : toujours cette intensité minérale des vins de Chablis avec des notes de fruits blancs. Un vin forcément en devenir (un Grand Cru de Chablis a idéalement besoin d'une bonne dizaine d'années pour se révéler), un peu "froid", fermé, relief légèrement tannique en finale. Ce sera le vin le plus barricadé de la dégustation et franchement je passe complètement à coté... 16/20 ?? 

Enfin, on se dirige vers les 3 communes les plus réputées de la Côte de Beaune pour le vin blanc : Chassagne-Montrachet, Puligny-Montrachet et Meursault. 

Chassagne-Montrachet 1er Cru "La Maltroie" 2020 Domaine de la Vougeraie : l'archétype du grand Chardonnay de Bourgogne ! Une odeur à peine beurrée, floral, minéral. L'attaque en bouche est soutenue, ample, délicate, toucher "comme un voile" en finale, long, minéral, légère tannicité. 18/20
On dit des vins blancs de Chassagne qu'ils offrent une synthèse entre la tension du Puligny et la richesse du Meursault. 

Puligny-Montrachet 1er Cru « Champ Gain » 2020 Domaine de la Vougeraie : impérial ! Surtout pour un 1er Cru qui ne fait a priori pas partie des plus réputés. Le nez est un peu plus réservé que dans le Chassagne mais aussi plus minéral et plus floral. Attaque soutenue, bouche assez rectiligne, concentrée, très long, note d'orange en finale. Très beau. Sur le vif, j'ai noté P***** de longueur ! 19/20

Meursault 1er Cru « Genevrières » 2015 Domaine Ballot-Millot. Un des premiers crus de Meursault parmi les plus réputés. Robe encore jeune, le nez est assez fin, presque discret, fleurs blanches, minéral, fruits blancs. Attaque moyennement soutenue, de la rondeur, ample, long et minéral. Un rien chaleureux en finale, comme une légère dissonance. Une expression assez attendue d'un Meursault (souvent plus en rondeur que Chassagne et Puligny). 16,5/20 

Aussi, un généreux participant avait apporté une bouteille de Corton-Charlemagne 2005 du domaine Bonneau-du-Martray : un vin avec encore de beaux restes .. mais plutôt en phase de déclin, notes d'oxidation, petit assèchement en finale. 

Bilan ? D'abord quel plaisir de déguster de beaux vins blancs racés et profonds ! Il y a toute de même une dimension un peu magique dans certain de ces vins blancs de Bourgogne, comme dans ce Puligny-Montrachet 1er Cru et ce Chassagne-Montrachet 1er Cru 2020 du domaine de la Vougeraie. Ce n'est plus juste du vin que l'on déguste là, c'est autre chose (et je ne saurais dire ce que c'est ..). 

Ensuite et bien que les prix montent gentiment, on trouve encore dans le Mâconnais de beaux vins blancs de dessous de 50,00, voire en dessous de 30,00 comme ce très joli Mâcon-Cruzille 2019. Et ça c'est quand même une bonne nouvelle pour les amateurs de beaux vins blancs. 

Et puis, bien sûr, toujours ce constat, jamais lassant, qu'un même cépage peut raconter tellement d'histoires différentes et cela même au sein d'une même région viticole et même au sein d'une même commune. 

Bruno Carroy

Expert en vin 

- Diplômé de l'université du vin de Suze-la-Rousse (France).
- Formateur d'adultes certifié par la FSEA, Niveau 1 du brevet fédéral de formateurs d'adultes.
- Finaliste du concours du meilleur sommelier de Suisse, 3ème place (Concours Sopexa).

- 1er prix suisse 2006 du meilleur formateur en vins de Champagne, concours Européen "Les Ambassadeurs du Champagne", réservé aux professeurs et formateurs d'écoles du vin et d'oenologie.

- 2ème place à la finale européenne 2006 du meilleur formateur en vin de Champagne (Concours des ambassadeurs du Champagne).