Petit feed-back atelier de dégustation Brunello di Montalcino 2016

Ce qui est séduisant dans l'univers du vin, entre autres choses, c'est qu'une fois "mordu" l'ennui n'est plus une option. 

Car pour qui veut découvrir toutes les nuances du vin, une vie ne sera tout simplement pas suffisante. 

Le plus judicieux consiste donc souvent à se focaliser sur quelques régions viticoles, selon affinités (et budget). L'Italie, par exemple, est un formidable terrain de jeu viti-vinicole ! Non seulement la diversité des cépages est incroyable mais aussi par le jeu des intentions humaines complexes et parfois uniques, des altitudes variées, des microclimats, expositions du vignoble, des usages locaux mais aussi des modes, on peut se retrouver à déguster 10 versions bien différentes d'une même appellation, comme cela fut le cas dernièrement avec cet atelier Brunello di Montalcino 2016.

C'est ce qu'on appelle une dégustation "horizontale", soit des vins issus d'une même appellation (ou d'un même domaine) et d'un même millésime. L'objectif étant d'essayer de comprendre les différences d'un vin à l'autre sans le parasitage climatique d'une année à l'autre. En gros on cherche à voir ce que raconte le terroir unique de chaque vin et l'influence des choix de viticulture, vinification et d'élevage. On n'y arrive d'ailleurs pas forcément mais l'exercice est ludique et enrichissant. 

Nous attendions donc impatiemment de redéguster les belles cuvées de la DOCG Brunello di Montalcino 2016 en ... 2026 ! Comme souvent avec les grands vins de terroir il est judicieux de les attendre au moins 10 ans afin de leur laisser le temps de s'assagir, de se délier, de s'épanouir.
Nous avions dégusté la majorité des vins de cet atelier il y a 4 ans. Ils ont bien sûr changé et nous aussi. Il s'agit donc bien d'une nouvelle rencontre. 

C'est le cas par exemple pour les belles cuvées de Châteauneuf-du-Pape,  les Hermitages (rouges et blancs), Barolo, Priorat, Grands Crus de Bourgogne et de Bordeaux, ... 

2016 est une grande année dans le Montalcino, tout comme 2015 d'ailleurs mais avec peut-être un supplément d'élégance et de fraicheur. N.B. Il existe aussi la dégustation "verticale" qui consiste cette fois à déguster la même cuvée issue de différents millésimes. L'objectif étant de comprendre l'influence des événements climatiques de chaque année. Non, vraiment on ne s'ennuie pas dans le mondo vino :-) 

N.B. Certainement pour une question de goût personnel, les vins dégustés lors de cet atelier sont majoritairement issus d'une approche "traditionnelle" avec notamment des élevages en foudres de chêne de Slavonie de plusieurs hectolitres plutôt qu'en barriques d'environ 220 litres comme cela se pratique également et d'ailleurs avec de très belles réussites. 

Concernant les spécificités de l'appellation Brunello di Montalcino, voir un précédent billet sur le sujet ICI

La dégustation a débuté avec un Rosso di Montalcino 2022 Le Chiuse, histoire de s'échauffer un peu : encore jeune, nez discret, tellurique, chaleureux, souple, avenant avec une longueur en bouche correcte. Un peu ce qu'on attend d'un Rosso di Montalcino : un vin plus facile d'accès que le Brunello. Mission accomplie donc. 14,5/20

Ensuite, deux Brunello issus de deux larges domaines viticoles :

Brunello di Montalcino 2016 Caparzo. Une cuvée d'assemblage de différents terroirs avec une petite prédominance de la partie Sud. Probablement le vin à pleine maturité de la dégustation avec de fines notes de sous-bois, de cuir, touche de boisé assez noble. Un vin en demi-puissance qui a encore de la tenue et une bonne persistance. Satisfaisant, assagi, prêt à boire. 16/20 N.B. Ce vin a gagné en plénitude depuis la dernière dégustation il y a 4 ans. 

Brunello di Montalcino 2016 Il Poggione. Issu principalement du secteur de Sant'Angelo in Colle entre 200 et 400 m d'altitude. Le nez se présente plus jeune et plus dynamique que le précédent, minéral, épicé, léger bois. Une attaque assez soutenue, du relief, assez ample, une matière dynamique, tanins légèrement rustiques marqués en finale. Un bel archétype ! 16,5

Ensuite, direction le coeur historique de l'appellation autour de la commune de Montalcino, avec globalement une altitude plus élevée entre 400 et 600 m et un sol marqué par le galestro (composé d'argile limoneuse et marneuse finement feuilletée, avec des intercalations de calcaire).

Brunello di Montalcino 2016 Conti Constanti. Finesse aromatique, encore mystérieux, floral. Attaque dense et soutenue, structuré, savoureux, ample, long, tannins encore affirmés en finale, épicé. Pas encore tout à fait prêt mais un vin de belle tenue. 17,5 

Brunello di Montalcino 2016 L'Aietta. Probablement le plus petit domaine viticole de Montalcino avec environ 1 ha de vignes ... Malheureusement la bouteille était défectueuse avec des notes d'acétone et une bouche un peu brouillon. Il y a 4 ans ce vin était tout en finesse.. A re gouter donc. 

Brunello di Montalcino 2016 Baricci. Un vin issu du "Cru" Montosoli au Nord de Montalcino. Un terroir frais, venteux, caillouteux avec des nuits plus fraiches que dans les autres parties du secteur Nord. Le nez est moyennement ouvert, fruits mûrs, tabac, ardoise, cuir, touche animale. Un vin plus austère et plus ramassé que les précédents avec une acidité encore bien marquée. Montée en puissance entre l'attaque et la finale. Une certaine rusticité. De garde, attendre. 16,5 

Brunello di Montalcino 2016 Le Chiuse. On reste dans la partie Nord-Est avec ce domaine historique. La couleur est assez sombre, jeune. Fruits rouges assez frais, minéral, touche d'agrumes. Un vin impérial, concentré à l'attaque et tonique en finale, "tramé", beaux amers, long. Encore un peu impénétrable. Clairement un vin de garde. Beau potentiel. 18

Brunello di Montalcino 2016 Fuligni. Nez assez ouvert, fin, frais, agrumes, résine. Ample, puissant, structuré, matière "enlevée" et harmonieuse, comme une évidence. Finale sur un sillage encore ferme. Potentiel. Attendre mais quel vin ! 19

Brunello di Montalcino "Riserva" 2016 Fuligni. Un nez profond bien qu'encore mutique, sensation "comme une toile tendue", encens, minéral, essences boisées, .. enjôleur tout en restant mystérieux. Attaque soyeuse, une promesse et le vin se rendort : ce n'est pas encore l'heure. Archétype du grand vin de garde. 19

Brunello di Montalcino Riserva " Vigna Paganelli" 2016 Il Poggione. Couleur un peu plus soutenue que le précédent et un rien plus évoluée. Le nez est également plus sombre mais aussi floral, épicé. L'attaque est soutenue, riche, milieu de bouche dense, trame serrée, puissant et chaleureux. Les tanins accrochent encore un peu en finale. Un Brunello académique à attendre encore un peu. Du bel ouvrage 18

Bilan ? Des vins vraiment d'un excellent niveau, fidèles à la réputation de l'appellation et du millésime. La majeure partie de ces vins est encore en phase de jeunesse, ce qui valide aussi la capacité de garde du Brunello di Montalcino (il faut garder en tête que la grande majorité des vins sont à boire AVANT leurs 10 années). 
Aussi, en filigrane des notes fraiches et étonnantes d'agrumes dans une partie de ces vins, comme le combava. 
Et c'est quand même très plaisant, satisfaisant et même reposant de déguster des vins qui allient intensité et finesse, élégance. Des vins qui tiennent leur rang, sans esbroufe, sans fioritures et même parfois qui joue avec un peu à cache-cache avec le dégustateur en ne se dévoilant pas tout à fait, en gardant une part de mystère. 

Car oui, la dégustation est un jeu :-) 

BC